Il est évident aujourd’hui – pour tous les frères et toutes les sœurs travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté de façon traditionnelle – que les travaux sont ouverts à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers avec le Volume de la Loi Sacrée, qui à la Grande Loge de France est la Bible ouvert à Jean 1-1 (ou Prologue de l’Evangile de Jean).

 

Voyons ensemble s’il en a toujours été de même.

 

Tout d’abord le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 degrés tel que nous le connaissons aujourd’hui naît en France en 1804.

 

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Le Comte de Grasse, marquis de Tilly, ancien membre de la Mère Loge Ecossaise du Contrat Social  où il avait été initié en 1783, revient des Etats-Unis en 1804, à Bordeaux.

 

Il est membre du Suprême Conseil du 33ème degré pour les Etats Unis d’Amérique (Charleston), le premier du monde, et Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des îles françaises du vent et sous le vent (1802).

 

Il est porteur d’une lettre de créance du Suprême Conseil des Etats Unis reconnaissant ce titre et sa capacité à “constituer, établir et inspecter toutes les Loges, Chapitres, Conseils et Consistoire…”

 

En septembre 1804, il pose les fondements d’un Suprême Conseil, non en vertu d’une patente, mais conformément aux articles 2 et 3 des Grandes Constitutions de 1786 dites de Berlin, donnant le droit à un Souverain Grand Inspecteur Général du 33ème degré de créer un Suprême Conseil dans un pays non pourvu.

 

De Grasse Tilly confère le 33ème degré à Le Tricheux et à Vidal le 10 octobre 1804 et le nombre est porté à neuf le 20 octobre 1804 pour que le Suprême Conseil de France soit créé et de plein exercice.

 

La Mère Loge Ecossaise, Saint Alexandre d’Ecosse demande au Souverain Conseil du 33ème degré de créer une Grande Loge Ecossaise, ce qu’autorise un Grand Consistoire du 32ème degré réuni à cet effet.

 

Le 22 octobre 1804 la Grande Loge Générale Ecossaise (GLGE) est créée, comme une réplique à l’anathème du Grand Orient de France contre les Loges refusant de travailler au Rite Moderne ou Français (Régulateur du Maçon de 1786). Le GODF ayant en effet rayé de sa matricule les loges voulant continuer à travailler avec les rituels anciens en contradiction avec l’accord de fusion entre la Grande Loge de France (qui avait repris ses travaux en juin 1795) et le Grand Orient de France (qui avait repris ses travaux en 1796) après l’épreuve terrible pour la Maçonnerie que fût la Révolution Française en général et la Terreur robespierriste en particulier. Les obédiences, Grande Loge de France et Grand Orient de France, avait dû se mettre en sommeil en 1793.

 

La Grande Loge Centrale Ecossaise investit le prince Louis Bonaparte de la dignité de Grand Maître et le Comte de Valence Grand Conservateur de l’Ordre. Elle adresse une circulaire à toutes les Loges pour annoncer son existence (1er novembre 1804).

 

Un nouveau jour reluit pour la Maçonnerie Ecossaise en France, depuis trop longtemps persécutée ! Ses malheurs ont fixé les regards des Maîtres les plus éclairés et les plus profonds ; ils ont déployé la bannière de l’Ecossisme”…..

 

Malheureusement la liberté et l’indépendance du Rite Ecossais Ancien et Accepté ne dura pas.

 

L’Empereur Napoléon 1er imposera à la Grande Loge Générale Ecossaise de rejoindre le Grand Orient de France et le 5 décembre 1804, les deux obédiences adoptent séparément le texte du Concordat, proclamé ensuite par les deux pouvoirs réunis en Tenue solennelle “dans l’enthousiasme de la joie et de la confiance ” selon la version officielle du GODF. L’enthousiasme avec une baillonnette dans le dos…. Le Suprême Conseil de France conserve quant à lui  l’administration des Hauts Grades.

 

Le Grand Orient de France était en effet soucieux de ne pas voir se reconstituer une obédience rivale (entre 1773 et 1799, deux obédiences, le Grand Orient de France et la Grande Loge de France coexistaient) et saisit là l’opportunité d’imposer une nouvelle fois son hégémonie sur la Franc-Maçonnerie française.

 

Les tensions entre les puissances maçonniques ne doivent pas faire oublier que les Ecossais se dotent alors d’un rituel spécifique aux trois premiers degrés, le « Guide des Maçons Ecossais » (imprimé entre 1806 -1811), guide qui constitue aujourd’hui une référence incontournable comme rituel princeps des trois premiers degrés symboliques.

 

Le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 degrés est bien créé à ce moment là, en 1804. En effet- aux Etats-Unis le Scottish Rite ne commence qu’au 4ème degré. Les maçons américains utilisent pour les trois premiers degrés le rite américain, rite des Anciens (par opposition au rite des Modernes)  ou « York Rite ».

 

Grasse-Tilly utilise pour les trois degrés de la Grande Loge Générale écossaise le rituel des Anciens tels que divulgué en 1760 par les Trois Coups Distincts (« Three Distincts knocks » – « TDK »). C’est également le Rituel des Anciens utilisé dans sa loge aux Etats-Unis.

 

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Or les « Trois Coups Distincts »  décrit les trois positions précises du compas et de l’équerre selon les degrés que nous connaissons aujourd’hui.

 

C’est le Vénérable qui procède lui-même au positionnement du compas et de l’équerre, ainsi qu’à l’ouverture de la Bible :

 

–  à la 2ème épître de Pierre pour les apprentis,

– au 12ème chapitre des Juges pour les compagnons,

– et au 1er livre des Rois pour les maîtres.

 

Les manuscrits du Rite Ecossais Ancien et Accepté de 1804 à 1829 (date de la suppression de la Bible sur l’autel des serments), ne décrivent pas exactement à quel endroit était ouverte la Bible.

 

Cependant, le rituel de 1804 étant l’exacte traduction du rituel des Anciens, on peut supposer que la Bible était ouverte aux mêmes endroits (Pierre-Juges-Rois). Ce serait donc là l’ouverture « originale » de la Bible au Rite Ecossais Ancien et Accepté (et non Jean 1-1).

 

Eh oui vous avez bien lu, à partir de 1829 (date des premiers rituels des 3 premiers degrés après la reconstitution du Suprême Conseil de France en 1821) et peut-être même avant (1821 ?),  la Bible, Volume de la Loi Sacrée,  n’est plus obligatoire sur l’autel des serments au Rite Ecossais Ancien et Accepté aux trois premiers degrés.

 

Ni dans les loges de la Grande Loge Centrale de France dépendant du Suprême Conseil de France (1821-1894) ni dans les loges de la Grande Loge de France (1894-1953) la Bible n’est présente et ouverte sur l’autel des Serments. Soit pendant 132 ans. Depuis 1953 (soit depuis 64 ans) le Volume de la Loi Sacrée qui est la Bible est revenu là où il n’aurait jamais dû cesser d’être !

 

Entre 1821 et 1953 quelques très rares loges symboliques continuent malgré tout à avoir la Bible sur l’autel des serments mais elles sont ultra minoritaires. Exit la Bible.

 

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Petit aparté : On dit « loges symboliques » au Rite Ecossais Ancien et Accepté pour parler des loges pratiquant les trois premiers degrés (Apprenti – Compagnon – Maître).

 

Parfois, ailleurs,  on dit aussi « loges bleues » non pas seulement – comme on l’entend trop souvent – parce que les frères du rite français portent des tabliers bleus – mais parce que, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, si l’Orient est toujours peint en rouge, les murs des colonnes du septentrion et du midi sont peints en bleu.

 

Nos rites ne sont pas à 100% « purs » comme nous le verrons. Si le Rite Ecossais Ancien et Accepté a beaucoup emprunté au Rite Ecossais Rectifié (RER) avec par exemple l’œil au centre du Delta (avant c’était le tétragramme) ou l’allumage des bougies Sagesse-Force-Beauté il a aussi parfois (rarement) emprunté au Rite Français : par exemple cette habitude du Maître des Cérémonies de faire le tour de la loge et de déambuler ainsi : dans les loges écossaises le MDC allait directement d’un point à un autre, ou chercher le frère pour l’emmener plancher à l’Orient (par exemple) sans faire le tour complet de la loge. Alors mes frères, point trop de signes d’énervement si le maître des cérémonie fait un ou deux pas à contre-sens : il est fidèle (sans le savoir le plus souvent) à la tradition écossaise et s’éloigne du rite français…

 

Mais revenons à notre Volume de la Loi Sacrée, la Bible.

 

Il faut attendre le Convent de 1953 pour qu’elle devienne de nouveau obligatoire en Loge.

 

Nous avons vu dans des articles précédents sur ce bloc-notes qu’il a fallu des efforts considérables de frères de la Grande Loge de France pour que celle-ci retrouve les voies de la Tradition après s’être perdue pendant plus d’un siècle dans des considérations profanes et politiques. Je pense notamment aux frères Oswald Wirth, Albert Lantoine, René Guénon, Jules Boucher, Georges Marty et bien d’autres.

 

Notons aussi un point important. La Grande Loge de France, rue Puteaux, accueille de nombreuses loges de frères américains après la Libération de paris en août 1944. Les américains qui financeront même la construction au rez-de-chaussée de la Bibliothèque et du Temple Franklin-Roosevelt qui sera inauguré en 1946 par la veuve du frère-président, Eleanor Roosevelt en personne.

 

Les contacts avec les frères américains sont quotidiens. Les frères de la Grande Loge de France souhaitent donc naturellement se rapprocher de ces frères qui pratiquent la franc-maçonnerie traditionnelle et qui ont gardé tous les atours d’une pratique rituelle rigoureuse.

 

Nous l’avons bien vu dans un article précédent sur l’adoption du “Rapport Marty” lors du convent de 1948 de la Grande Loge de France.

 

Les frères de la Grande Loge de France porteront donc de nouveau l’emblème du travail, le tablier (qu’ils ne portaient plus depuis le milieu du 19ème siècle) et mettront la Bible sur l’Autel des Serments.

 

En 1953, le Convent de la Grande Loge de France oblige les loges à avoir le Volume de la Loi Sacrée sur l’Autel des Serments.

 

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Justement, après le retour du Volume de la Loi Sacré (VLS) en 1953 à la Grande Loge de France, celui-ci, symbole de la Tradition, peut être ouvert à tout endroit. Si ce Volume est la Bible, on l’ouvre de préférence à II – Chroniques 2, 5 ou à I – Rois 6, 7, où il est question de la Construction du Temple de Salomon et de l’intervention du Maître Hiram.

 

Je rappelle que les livres sacrés admis pour prêter serment et pour être ouverts par la Franc-Maçonnerie sont : la Bible, composée de l’Ancien et du Nouveau Testament ; les Vedas de l’Hindouisme ; le Tripitaka du Bouddhisme ; le Coran des Musulmans ; le Tao Teh King, des Taoïstes ; les Quatre Livres de la Doctrine de Kung-Fou-Tseu ; le Zend Avesta du Zoroastrisme. Aujourd’hui, l’un de ces livres peut se superposer à la Bible lorsque le récipiendaire prête serment, mais il ne peut se substituer à elle.

 

la Bible est en effet le Livre de la Tradition, celui qui donne à la Franc-Maçonnerie quasiment toutes ses légendes et tous ses symboles.

 

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Le rituel adopté lors du Convent de 1979 de la Grande Loge de France modifie la liste des ouvertures possibles, sans obligation : Si le Volume de la Loi Sacrée, peut continué à être ouvert à tout endroit, il est indiqué qu’on l’ouvre de préférence à Saint-Jean 1-1, à I – Chroniques ; 2, 5, ou à I – Rois ; 6, 7 où il est question de la Construction du Temple de Salomon.

 

Nous voyons là l’influence importante du Rite Ecossais Rectifié sur le retour à la symbolique initiatique à la Grande Loge de France. En effet, au RER, depuis 1782, la Bible est ouverte au Prologue de l’Evangile de (Saint) Jean.

 

Il faut dire que la symbolique du Prologue de l’Evangile de Jean, Evangile de Lumière est d’une portée initiatique indéniable que les frères de la Grande Loge de France ont adopté au fil du temps/

 

Enfin, la boucle est bouclée lors du Convent de 2003 puisque le rituel adopté cette année-là par  Grande Loge de France précise clairement que dans les loges de la Grande Loge de France, le Volume de la Loi Sacrée est la Bible ouverte au prologue de Jean. C’est cette position qui est encore en vigueur aujourd’hui dans les loges de la Grande Loge de France.

 

Les rituels sont – comme nous le savons et comme nous le voyons – immuables. C’est pourquoi ils changent de temps en temps…

 

Je pense que nous avons raison de faire comme nous faisons aujourd’hui.

 

Je souhaitais simplement que nous nous souvenions ensemble du chemin parcouru pour en arriver là.

 

Jean-Laurent Turbet

 

 

Je remercie pour leurs apports respectifs à cet article Louis Trébuchet, Philippe Langlet, Jacques Bodineau, les revues « Points de Vue Initiatiques » de la Grande Loge de France et « Ordo Ab Chao » du Suprême Conseil de France. Et quelques recherches personnelles en partie inédites…

 

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